Fondation Passerelle | « Dans l’obscurité de noirs nuages porteurs d’orage, le petit veau, d’un soubresaut a renversé la gourde de miel »
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21 Avr « Dans l’obscurité de noirs nuages porteurs d’orage, le petit veau, d’un soubresaut a renversé la gourde de miel »

« Dans l’obscurité de nuages sombres porteurs d’orage, d’un soubresaut le petit veau a renversé la gourde de miel. »  Ce détour était,  à l’époque de la gestion administrative coloniale au Mali, une des façons d’exprimer  l’insuffisance du  pot de vin d’une partie par rapport à celui de la partie adverse dans une affaire de corruption.

Pendant l’occupation coloniale en Afrique l’interprète était une personnalité importante dans l’organisation mise en place. Il avait un relatif pouvoir lié à son rôle d’intermédiaire entre l’autorité coloniale et les populations.

Dans l’exercice de son travail pour la gestion de conflits sociaux  et diverses demandes des populations,  il pouvait fortement influencer le jugement du commandant blanc.

Lorsque les populations venaient vers un interprète pour solliciter son attention et son soutien dans la gestion d’une affaire, un présent lui était apporté, celui-ci n’était plus du même ordre que la gourde de miel ou les noix de cola traditionnelles apportées pour demander audience à la cour d’un roi. Le présent offert à l’interprète était inspiré des méthodes utilisées par les colons lors de  leur implantation: offrir un cadeau  pour obtenir ce qu’on veut en suscitant chez son interlocuteur un intérêt suffisamment élevé pour mener à transgresser une règle en accordant une faveur indue.

Corrompre des chefs afin d’avoir leur complicité pour en déstabiliser d’autres, fragiliser et déstabiliser l’organisation établie afin d’en imposer une autre, ainsi se met en place une puissance coloniale.

L’oppression coloniale perturbant fortement les valeurs et déstructurant les règles établies, le mensonge semble avoir été un moyen comme  d’autres tout aussi peu souhaitables mis en œuvre dans la gestion de la relation déséquilibrée entre l’autorité coloniale et les populations originaires des colonies d ‘Afrique.

La tradition africaine, très marquée au Mali,  d’accompagner d’un présent les demandes et échanges sociaux variés  avait été détournée et utilisée de manière abusive dès l’arrivée des colons et leurs premiers contacts avec les populations. Par la suite, la  transformation de territoires d’Afrique en colonies a altéré, entre autres,  cette notion africaine du  présent symbolique, qui en général n’avait qu’une valeur représentative ou pratique, mais jamais purement pécuniaire. Le but n’était certainement pas « d’acheter » la personne à laquelle était destiné ce genre de présent dans des situations définies par des règles précises.

Au Mali et dans l’Afrique entière de manière générale le principe du  présent symbolique est devenu un déguisement sous lequel la corruption s’est pratiquement vulgarisée tout en normalisant l’enrichissement illicite.

Pendant des décennies pour l’Africain, dans sa relation avec le continent européen, il ne s’agissait pas de coopération, ni de partage, ni d’échange, ni de respect mutuel, mais d’oppression et d’asservissement dans un cadre colonial.

Du point de vue du peuple africain il y a certes des conséquences de la colonisation qu’il nous est possible aujourd’hui d’exploiter en notre faveur, cependant le vécu colonial et l’impact négatif que cette époque dépassée a encore aujourd’hui dans notre quotidien, ne nous permettent pas de voir autre chose que des dégâts que l’Afrique a du mal à prendre en charge et réparer.

Si le but n’était pas, me semble-t-il, de nécessairement porter préjudice à l’évolution du continent  africain, la mission coloniale consistait certainement à trouver,  au mépris de toutes formes d’équilibre, les moyens sur ce continent  pour permettre l’épanouissement de pouvoirs établis ailleurs.

Les représentants de l’autorité coloniale arrivaient en Afrique pour gérer les biens africains de leurs nations. Dans cette gestion dictatoriale de sociétés complexes, faites de cultures différentes de la sienne, la priorité du mandataire  n’était pas de communiquer et impliquer les populations dans les prises de décisions.

Le principe  de la colonisation n’étant pas de mettre en place une relation d’égal à égal équilibrée par des règles telles que le respect mutuel et l’intégrité, les relations qui se créaient entre colons et populations opprimées avaient pour base de part et d’autre le mépris et la méfiance.

Les règles et codes qui servaient de remparts de morale et de culture dans la société étaient bouleversés par la situation d’occupation. Le mensonge, les transactions douteuses, l’appropriation déloyale et abusive de richesses, le trafic d’influence, l’abus de pouvoir sont devenus parties intégrantes du fonctionnement administratif en Afrique dès l’époque coloniale.

Au Mali, proposer un cadeau pour obtenir une faveur, ou exiger le cadeau pour faire le travail pour lequel on est déjà rémunéré par l’état porte le nom obscur de « chose de la nuit », La chose que l’on apporte discrètement lorsque l’obscurité de la nuit protège. La chose qui semble faire du bien à celui qui en profite, mais qui fait souffrir le pays entier. La chose dont on croit profiter lorsqu’on en a l’opportunité, mais qui en réalité n’est que notre contribution à la dégradation anticipée du future de nos enfants.

En Afrique les gouvernements et la fonction publique demeurent représentatifs du principe de fonctionnement laissé en héritage par la colonisation. Certains parmi les dirigeants et les fonctionnaires à leur service ont conscience de toute la délicatesse et l’importance pour l’Afrique de leur rôle. Cependant, bien souvent,  le principe colonial de mépris à l’égard des populations semble avoir laissé en héritage  un réflexe de gouvernance  très hermétique, insensible aux questions et aux inquiétudes des électeurs.

Les rois qui régnaient sur de grands  territoires de manière absolue étaient appelés « Fama » au Mali, la personnalité représentant l’autorité coloniale était devenue le « Fama », le comportement du « Fama »  blanc dans les colonies  d’antan demeure pratiquement un modèle en Afrique.

Le continent Africain évolue malgré tout, difficilement et trop lentement par rapport à son potentiel il avance. Cependant l’état d’esprit presque normalisé d’enrichissement illicite est une réelle entrave à l’épanouissement de ce continent devenu butin.

Comment effectivement se défaire de l’entrave que constitue la situation d’enrichissement illicite entretenue par la corruption?

Les éléments défaillants du système établi de corruption, c’est à dire les  honnêtes fonctionnaires et dirigeants encore capables d’un effort d’engagement  sont rejetés et remplacés par d’autres compatriotes plus abimés par une vie de difficultés multiples, laissant peu de place à l’espoir et au développement d’une confiance en sa capacité de faire la différence et contribuer à porter le changement  en Afrique.

Comment sortir de l’état d’esprit: « Seul je ne peut rien changer, alors autant prendre ma part du butin.» ?

La colonisation est un fait révolu, cependant ses conséquences néfastes sur l’organisation et la gestion de l’Afrique sont vivaces et rendent ce continent peu favorable, malgré ses richesses, à l’épanouissement de  la majeure partie de ses habitants.

Une étape importante du processus d’avancée post-coloniale en Afrique est certainement le dialogue et l’échange entre les peuples.

Notre capacité à analyser et conscientiser l’impact de la colonisation et l’apport de cet impact dans notre fonctionnement déterminera notre force pour prendre en charge ce grand continent riche et complexe, imaginer les changements à apporter et les réaliser.

L’immense potentiel de l’Afrique n’a d ‘égal que l’énergie nécessaire aux Africains pour continuer à y croire et déjà commencer  à organiser, structurer là où c’est possible et lorsque c’est possible.

« Dans l’obscurité de noirs nuages porteurs d’orage, le petit veau, d’un soubresaut a renversé la gourde de miel »
7 Commentaires
  • Moctar SIDIBE
    Publié à 11:11h, 13 mai Répondre

    Tout à fait d’accord avec l’analyse. Aujourd’hui encore notre administration et ceux qui l’animent (les fonctionnaires) sont dans cette dynamique : ils se considèrent comme une classe privilégiée..les autres doivent se sacrifier (à travers les impôts) pour permettre à ces derniers de garder leurs privilèges ; les autres sont là pour eux. Dans cette situation aucun développement n’est possible puisque ceux qui sont chargés de penser et mettre en oeuvre les politiques et planifications ne sont pas animés par l’intérêt général mais seulement par leurs intérêts égoïstes.

  • Diarah Guindo
    Publié à 02:16h, 14 mai Répondre

    Situation bien complexe et bien résumée Rokia, mais le combat du changement est le notre.

    Cette situation est devenue malheureusement le moteur de fonctionnement de notre système administratif et même au-delà. Bien qu’aucun de nous seul ne peut combattre un système, chacun peut cependant à son niveau lorsqu’il a l’occasion d’agir correctement dans l’exercice de sa fonction contribuer à le changer ou du moins à l’améliorer. J’ai dit chacun, mais je dirais plutôt ceux qui croient encore et aspirent au changement.
    Soyons fier(e)s de nous chaque jour et à chaque fois qu’on a l’opportunité de profiter de notre position administrative, sociale ou sociétale pour soutirer de l’argent ou d’autres biens matériels à quelqu’un pour accomplir le travail pour lequel on est payé et qu’on arrive à se dire  » JE VOS MIEUX QUE ÇA ». Cela peut sembler ridicule de dire d’être fier(e) d’accomplir correctement le travail pour lequel on est payé. Mais non ! ça ne l’est pas dans un contexte où tout se vend et s’achète et où, le salaire du fonctionnaire ne lui permet pas de mener une vie décente (se nourrir, se soigner, et se loger, …, etc.) tandis qu’il vit dans ce monde capitalisé et matérialisé où on ne aspire qu’à posséder le « high tech ».
    Je me dis aussi que CHACUN DE NOUS A DE L’INFLUENCE SUR D’AUTRES PERSONNES aussi infime qu’elle soit, ceci peut être au niveau dans la famille, du boulot, où dans le quartier, …, etc. Ne sous-estimons pas cette influence et utilisons la dans le sens de la morale et de l’intégrité, du patriotisme et j’en passe… ,
    Seuls nos agissements peuvent soigner le mal existant et construire un meilleur avenir.

    MERCI Rokia

  • Jacques poudiougo
    Publié à 18:38h, 14 mai Répondre

    Oh oui tristement et amèrement nous abordons dans le même sens. Si nous avions différents analyses nous considérions que c’est discutable cependant ca crève les yeux.
    J’ajouterais que les premiers présidents africains ont compris que président c’est égale à super chef qu’ on ne contredit pas.
    Étant donné qu’ ils étaient tous d’un certain age permettez moi ce terme bambara 《koro kumana》 pour dire L’aîné a parlé.
    Et aujourd’hui même quand tu corrompt ton jeune frère d’age tu utilise ce terme 《koro》
    jeune il est temps que nous prenions nôtre destiné en main je vous y encourage
    la colonisation a fait son lot de malheur soyons en conscient et avançons

  • Paradis perdu
    Publié à 21:26h, 14 mai Répondre

    Le jour où le Malien acceptera de prendre du récul par rapport à sa propre société et son propre égo. Ce jour serait sans doute le signe d’un grand pas vers le progrès. Il n’y a du progrès que dans la justice sociale. ET la justice sociale, elle se cultive « en bas du bas » de la société. Une première démarche dans ce sens serait d’accepter d’interroger serieusement notre société à travers son histoire avec objectivité.

  • Paradis perdu
    Publié à 21:51h, 14 mai Répondre

    Le colonialisme, oui! mais pas que le colonialisme. QU’est ce que vous direz si je vous disais que la cause de notre malheur n’est pas dans la « chose adminitrative » mais plutôt dans notre système social, notre mentalité ? Comment expliquer que la grande majorité des maliens (quoi que l’on dise et chante tous les jours que nous sommes « frères ») se considèrent « bien nés » par rapport à une minorité soit disant qu’ils sont nés castes? Cette pratique sociale, est ce la faute au colonisateur? Pourquoi SEydou Badjan a rénoncé à son nom de FAMILLE? Ce n’est il pas la société elle même qui entretien cette situation à travers les films, les théâtres? Est ce que ces castes ont réellement la même chance que cette grande majorité »bien née? Est ce que ces gens ne sont pas quelques part contraints par la société à se caser dans des rôles bien définiis paar celle-ci? A Bamako, nous n’avons t-il pas l’habitude de stigmatiser un « jeli » soit-disant qu’il refuse de faire le « jeliya » parce qu’il est devenu riche comme si notre histoire nous disais que chaque « jeli » doit quemander pour vivre ? En bambara on dit: Ala ye danni kɛ nka a kelenya kɛ. Autrement, l’inégalité sociale vient de Dieu? Rokia, êtes vous fière de ce Mali?? N’oubliez pas, vous avez une voix officielle.

  • Jacques poudiougo
    Publié à 09:52h, 20 mai Répondre

    Bonjour a tous
    j’ai lu avec attention le commentaire de paradis perdus
    Je voudrais interpeller chacun de nous de ne pas rentrer dans le jeux de diaboliser les peuple qu’ on appel caste ou de les victimiser.
    aujourd’hui les djeli ou les noumou et autre que je ne finirais de citer ont un rôle qui leur est propre selon la culture de sa région.
    cependant comme preprécédemment dit dans le texte de ma sœur rokia la corruption entre chefs et griots pour écrire l’histoire a leur avantage a décrédibiliser le griot. Moi par exemple le griot a été bannis dans la société poudiougo pour ce genre de choses.
    La culture n’est pas un frein au développement.
    jusqu’aujourd’hui les occidentaux ont leur culture et en font un facteur de développement. Chez nous on n’a décidé malheureusement d’en faire un facteur d’appauvrissent.
    On ne veux même pas voir des pauvres d’hier devenir riche aujourd’hui donc cette situation ne concerne pas seulement les hommes de caste mais toute la Société de pauvres.
    Cependant la pauvreté est ressentie par les jeunes comme une fatalité
    NON NON
    la suite demain ou se soir le boulot m’appelle

  • PARADIS PERDU
    Publié à 11:46h, 20 mai Répondre

    Non, je ne suis pas dans la diabolisation de cette catégorie sociale. Je ne fais que lire la réalité sociale.
    Lorsque vous écrivez : «  »aujourd’hui les djeli ou les noumou et autre que je ne finirais de citer ont un rôle qui leur est propre selon la culture de sa région.
    cependant comme preprécédemment dit dans le texte de ma sœur rokia la corruption entre chefs et griots pour écrire l’histoire a leur avantage a décrédibiliser le griot. Moi par exemple le griot a été bannis dans la société poudiougo pour ce genre de choses. » » Tu ajoutes : «  »La culture n’est pas un frein au développement. » ». C’est justement cette position qui prend source dans notre inconscience que je critique. Une culture qui ne cherche qu’à contraindre les uns les autres dans la domination. Ils sont nés comme ça et doivent mourir comme ça….Où est le sens de l’égalité sociale, de droit, de liberté de faire ce que l’on veut (un noble peut chanter et il trouvera le soutien de ses frères mais j’aimerai voir un jeli, un noumou, un founè ou un jôn se présenter aux élections pas même présidentielles mais communales et voir la réaction des uns et autres. D’ailleurs aucun d’eux n’oserait le faire puisqu’ils connaissent la sentence à l’avance), La culture n’est pas un frein au développement?

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