“BAMAKO MA CHÈRE”

Entre la situation dans le nord du Mali et tous ses facteurs de stagnation liés aussi aux solutions difficiles à mettre en place dans le sud du pays, le problème de l’éducation et globalement de la prise en charge de la jeunesse malienne, le problème de la corruption rendant encore plus difficile à maitriser les précédents, IL Y A LE PROBLÈME DE L’ENVIRONNEMENT, dont un des éléments est le dramatique problème de la gestion des déchets à BAMAKO, mais aussi dans le reste du pays.

J’ai fait des photos de l’accumulation de déchets du marché de Médina-Coura, en face du stade omnisports, des tas d’ordures sur les voies de circulation dans le grand marché, notre cher « MARCHÉ ROSE », et dans d’autres endroits de la ville, de l’immense montagne de déchets ménagers de l’un des quartiers de mon enfance, Lafiabougou, quartier ACI 2000, « THE BIG AND BEAUTIFUL » où la parcelle de terrain peut se vendre entre 100 000 000 et 300 000 000 de CFA facilement, des tas d’ordures dans mon quartier et ses environs : Missabougou, Banankabougou, Yirimadjo… Je suis affligée et, finalement, je ne peux diffuser sur ma page Facebook ces images dont je ne peux exprimer l’effet sur moi-même d’abord.

Mais la première étape pour trouver des solutions est d’en parler et accepter qu’il y a un problème, une urgence à gérer. Ces photos que je poste ne montrent pas le reste de la ville, mais la seule solution qu’il me reste de gérer mes ordures en attendant/espérant que les responsables puissent nous mener à trouver des solutions dans le cadre de l’organisation, le traitement des déchets et l’assainissement de la capitale, notre chère Bamako.

Que font mes voisins ? Chacun se débrouille. L’association qui s’occupait de nos ordures n’y arrive plus, car ils n’ont pas d’endroit, de terrain, de déchetterie dédié pour y déverser ce qu’ils collectent chez les habitants. Tout ce qu’ils peuvent faire est de déverser illicitement sur des terrains privés quelque part dans la ville leurs chargements à environ 60% impossibles à traiter en raison des sachets plastiques, donc à environ 60% non-biodégradable.

Alors, pendant des semaines nos ordures ne sont pas collectées et une fois tous les deux mois, je suis obligée de brûler mes déchets au fur et à mesure entassés sur un terrain à côté.

Dans ma rue, il faut surveiller afin de veiller à chasser « des éboueurs-mercenaires » qui récupèrent les déchets chez l’habitant moyennant rémunération, puis les déversent quelques rues plus loin à l’arrière d’une maison rapidement avant d’être vu. À cela s’ajoutent tous les garages de mécaniciens de camion, qui occupent la totalité des rues dans certains quartiers, dont le mien. Pas de passage possible, tous les déchets des vidanges de camions poids lourd sont déversés dans la rue qu’ils occupent. Les essaies de moteurs, les coups de marteau pour le travail de la tôlerie, tout se fait dans des quartiers d’habitation avec des maisons où naissent et grandissent des enfants et où vivent des personnes âgées au parfum quotidien du dioxyde de carbone, avec le fidèle accompagnement des moustiques. Lorsque quelqu’un a une fièvre, souvent c’est toute la famille qui est malade, nous n’avons que l’embarras du choix pour en connaître l’origine entre le paludisme, la fièvre typhoïde, l’hépatite A, ou ce terrible rhume d’une violence impressionnante dont la germe ne semble exister qu’à Bamako affectueusement couvée par les déchets non traités s’imposant dans notre quotidien, les fosses septiques pas aux normes ET connectées au caniveaux publiques à ciel ouvert, ou directement déversant leurs trop-pleins dans les rues.

J’ai grandi entre deux quartiers de chaque côté du fleuve désormais pollué et ensablé de cette ville que je connais et que j’aime, BAMAKO, il y a encore 15 ans n’était pas ainsi. Il est de notre devoir de faire de la ville où nous habitons l’une des plus belles et agréables à vivre du monde pour nous même, pour nos enfants. Cette situation n’est pas une fatalité.
À l’approche des élections présidentielles, je m’adresse aux candidats : « quelle est la part de l’environnement et de l’écologie dans vos programmes ? »

La sécurité, l’économie, l’éducation, la santé, la culture… tout le reste ne peut se construire que dans un quotidien favorable à la vie et à son épanouissement. Comment est-ce-que nos candidats maliens aux élections présidentielles comptent mettre en place des déchetteries, des systèmes de traitement des déchets ménagers et industriels, l’organisation des quartiers et des villes afin que les garages et autres secteurs d’activité polluants soient dans des endroits organisés aux fins de leur fonctionnement, que les fosses septiques soient aux normes…

S’il s’agissait de continuer ainsi, afin de ne heurter personne et ses intérêts pécuniaires ou autres, s’il s’agissait de continuer ainsi : Vers quel genre de capitale, de pays, de vie quotidienne nous dirigeons nous ?

7 Comments
  • Aminata D
    Posted at 13:32h, 14 septembre Répondre

    merci ma chère d’évoquer ce sujet ….. lorsque je m’adresse à certaines personnes à ce propos, j’ai droit à toutes sortes de paroles d’injures….je suis toujours choquée lorsque je vais à Bamako …..je ne comprends pas et pourtant du temps de ma grand-mère les ordures étaient traitées autrement …..je dirai même que nous savions déjà trier nos poubelles (les bouteilles étaient recyclées pour être réutiliser, les plastiques évidemment on ne connaissait pas puisque la ménagère allait au marché avec son bol (tassa) sur la tête, les feuilles mortes servaient pour allumer le feu etc etc sans compter les eaux usées ruisselantes et stagnantes devant les maisons etc etc la liste est longue) c’est l’anarchie totale …Dès que j’évoque ce sujet je suis la toubabou qui se prend pour qui alors qu’elle est malienne ….Oui je suis malienne et je le crie haut et fort ……..mais ces tas d’ordures sont une honte ……..!!!!!!!! J’en ai un sentiment d’impuissance …….

  • Boubacar K
    Posted at 13:34h, 15 septembre Répondre

    Ça se voit que tu passes beaucoup plus de temps en Europe qu’au Mali. Nous à Bamako, nous sommes déjà familiers avec nos ordures, et crois-moi nous tissons une bonne relation de voisinage avec celles-ci.

    • Rokia Traoré
      Posted at 13:35h, 15 septembre Répondre

      Je vis à Bamako, mes enfants vont à l’école à Bamako. La différence entre vous et moi c’est que j’ai de l’ambition pour Bamako, Je m’aime en tant qu’africaine et malienne. Je ne vois pas pourquoi la propreté devrait être exclusivement blanche ou européenne. Nous étions propres avant de rencontrer les blancs je crois. J’ai l’ambition du bon voisinage + l’hygiène et une vie épanouissante pour tous les bamakois et tous les maliens. Peut être que cela prendra du temps, mais je crois que c’est possible. Notre ville mérite plus de propreté et nous habitants nous méritons une vie bien organisée et propre, avec moins de maladies. Cela n’empêche en rien le bon voisinage. Nos ancêtres étaient propres et vivaient avec des règles, justement, pour permettre le « vivre ensemble ». Bamako est devenue une des grandes métropoles du monde, nous, habitants devons comprendre qu’il n’est pas dans notre intérêt de vivre dans une telle anarchie et que nous ne pouvons pas vivre dans des relations d’entente et de solidarité sans organisation. J’ai grandi à Bamako, cette ville n’était pas ainsi. À l’époque, dans nos relations de bon voisinage, chacun nettoyait devant sa maison, mais n’allait pas déverser ses déchets devant celle du voisin. Nous sortions tous une fois par mois nettoyer les parties communes des rues. Dans une ville de la taille de Bamako, le bon voisinage sans règles, sans loi et sans l’implication des politiques et de l’état: C’EST IMPOSSIBLE, INGÉRABLE.

  • Patrick G
    Posted at 13:36h, 16 septembre Répondre

    J’adore Rokia ce que vous faites mais il y a une inexactitude dans ce que vous exprimez « Nous étions propres avant de rencontrer les blancs ». D’abord, bon nombre de villes dans des pays « blancs » sont sales, ensuite, il n’y a aucune relation causale entre race et propreté, si tant est que l’on accepte le concept de race. Youssou N’Dour avait composé une chanson sur ce problème à propos de Dakar, faites en de même, les gens vous suivront je pense. Ces choses étant dites, toute révolte d’une personne d’influence est utile.

    • Rokia Traoré
      Posted at 13:38h, 16 septembre Répondre

      Merci de votre intervention. En fait il faut connaitre le Mali/l’Afrique et la réponse qui est donnée aux personnes qui expriment la situation de non-gestion de la salubrité en général dans le pays depuis des années. On vous répond souvent « Tu te crois en Europe, ici c’est l’Afrique », ou alors « tu es devenu blanc »… Il devient alors important d’insister sur le faite que justement: « pas de relation causale entre race et propreté » donc, ne peut être considéré comme attitude de blanc celle d’un africain qui a l’ambition de villes organisées en Afrique qui gèrent les déchets quotidiens des familles et des professionnels, organise l’information et la prévention en matière d’hygiène de vie et de santé… Par ailleurs, la comparaison avec l’Europe ne nous fait pas avancer. J’entends derrière ce genre de remarque: « En Europe aussi il y a des villes sales, alors les situations de villes sales en Afrique que vous évoquez peuvent être acceptables ». Je crois que non. Ce qui se passe en Europe s’y passe différemment en raison de réalités et facteurs différents, ce n’est pas l’Afrique, et vice versa. En Afrique tout va vite, les villes et leurs populations s’élargissent à une vitesse extraordinaire. Il est important que l’organisation des infrastructures dans ces villes soit à la hauteur et en mesure d’anticiper afin d’éviter des situations comme celle de la ville de Bamako où ce que je crains le plus est ce qu’il pourrait arriver si la conscience du problème ne se réalise pas maintenant.

  • Boubacar K
    Posted at 13:39h, 16 septembre Répondre

    Le problème de l’insalubrité en Afrique en général, pour moi, la solution n’est ni O-Zone, ni l’État non plus. Il faut un véritable changement de comportement des citoyens puis l’État viendra en dernière position. Et cela passe par une campagne de sensibilisation.

    • Rokia Traoré
      Posted at 13:40h, 16 septembre Répondre

      Je suis absolument d’accord. Mais là où je pense que l’état et les municipalités ne font pas suffisamment d’effort c’est au niveau de la sensibilisation. Je ne peux pas comprendre que pendant que des gens risquent leurs vies dans la circulation très tendue sur les routes de Bamako à travailler pour OZONE en balayant et ramassant, d’autres sortent le bras par les vitres de magnifiques voitures pour jeter sur le goudron des peaux de banane, des restes d’arachides, des sacs plastiques… Je ne comprends pas qu’au moment où des investissements sont faits pour améliorer l’état de la ville et nos conditions de vie, il n’y a pas parallèlement plus d’information afin d’apprendre aux citoyens leur responsabilités par rapport au bon déroulement d’un projet précis. En outre, le problème d’inexistence de sites de traitement de déchets au Mali est une réalité, en traversant le pont, il m’est souvent arrivé de voir des personnes déverser dans le fleuve les poussières de balayage public. Sachant que notre beau fleuve Niger souffre déjà d’un ensablement. Cependant, il y a des gestes qui ne couteraient à personnes et qui pourraient déjà nous aider à réduire les quantités de déchets non recyclable. 1: inviter les populations à utiliser moins de sachets plastiques, 2-assembler dans des poubelles distinctes le peu de plastique que nous serions amenés à utiliser afin de les livrer aux enfants qui, autrement, iraient fouiller les montagnes d’ordures pour les récupérer; 3-récupérer les déchets organiques à part, c’est à dire tout ce qui peut pourrir, et trouver un moyen de les livrer aux quelques usines d’engrais organique qui existent maintenant dans le pays. Puis après il resterait a gérer les déchets chimiques d’usines et certaines professions fortement polluantes. C’est compliqué, certes, mais avec une meilleure communication entre l’état, les politiques et les populations nous pourrions y arriver un peu plus facilement.

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